Yann Kersale, Invité d’honneur

YANN KERSALE

SCENOGRAPHE, MAGICIEN DES LUMIERES BLEUES, DIRECTEUR AGENCE SNAIK

MANIÈRE NOIRE – GÉO POÉTIQUE DU PAYSAGE

Ne pas se restreindre au musée, à la cimaise, à tous ces lieux «dédiés», se donner la possibilité d’investir des formes, des objets et des paysages, du crépuscule à l’aube, toile de fond d’un nouveau travail plastique. La nuit est une «matière noire» dans laquelle je repère un paysage urbain ou naturel dans toutes ses formes et figures, avec ses variations multiples d’activités humaines ou ses absences, ces pouls qui s’accélèrent puis qui se calment jusqu’à tourner au ralenti ou stopper… Ses extravagances, ses potentiels, ses silences.

Ma façon d’aborder cette matière noire est la manière noire – utilisée en gravure, non pas pour creuser pour tracer le noir mais révéler dans le noir les blancs, la puissance du gris, la forme, la composition. Je ne fais pas le noir, je m’approprie ce qui existe et utilise la nuit comme complice de mes larçins nyctalopes.

Je sculpte plus en creux.

Je suis poseur de ces tempos et de ces rythmes. En tant que «sculptateur», je ne sculpte pas la matière directement mais via la lumière artificielle, je cherche la résonnance de cette matière.

Je ne suis après tout qu’un sculpteur qui, comme mes pairs, cherche la bosse et le creux, dans l’ombre et la lumière, dans la situation et dans le lieu, dans la forme et l’échelle, seulement je ne m’embarrasse plus de créer la forme pour jouer de lumière qui perdue, évanouie, « éteindra l’oeuvre». Le jour drape toutes les formes de milles subtilités qui sont autant de jeux et de pièges possibles pour la lumière. La nuit laisse libre cours à la redécouverte de ces formes constituées et ce terrain d’investigation est imaginairement précieux.

La lumière est faire venir dans la nuit l’attendu ou l’inattendu, rendre présent ou plus absent (effet de contraste) la captation rendue (après avoir été dérobée… et malaxée) est comme de la mémoire artificielle qui régit les sensations.

Trouver les raisons de la captation ou annuler toute saisie, n’est dû qu’à l’intelligence du lieu et à la perception, au «ressenti» que j’en ai et, non pas, à un quelconque truc ou obligation, qu’importe d’ailleurs que la pulsion soit perçue, elle est parfois d’une durée si longue (réellement ou par mes manipulations) qu’elle en devient imperceptible – et l’on pense, parfois, qu’il n’y en a pas et pourtant si.

De la gestation à la surexpression les rythmes des captations sont contrôlés et manipulés pour être parfaitement maîtrisés.

J’installe des lumières sur l’objet choisi révélant des présences absentes sous le soleil, l’objet connu se révèle autre offrant au passant – même habituel – de nouvelles sensations immédiates ainsi qu’une autre mémoire du moment vécu, jeux de sensations entre le connu, le reconnu et le souvenu. Ainsi le résultat plastique est un hasard combiné entre mes volontés et celles du génie qui anime le lieu. Yann Kersale

http://www.ykersale.com
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